Nous avons déjà parlé du Ruchè di Castagnole Monferrato à propos des vins de Montalbera et de Franco Morando. Nous y revenons pour raconter l'Opera Prima di Luca Ferraris, une interprétation différente du Ruchè et de son territoire.
La dénomination – qui, rappelons-le, est Docg depuis 2010 – s'étend sur 136 hectares dans 7 communes du Monferrato Astigiano. Dans la zone, une quatantaine de domaines vinifient différentes versions du Ruchè, vin de niche produit à partir du cépage autochtone rare du même nom.
Le raisin, qui ne se distingue certes pas par l'importance de sa dotation polyphénolique dans la peau, donnerait normalement naissance à un vin parfumé, aux délicats arômes floraux, certainement peu adapté au vieillissement. Le projet Opera Prima renverse ce paradigme, devenant l'emblème de la façon dont l'interprétation du terroir, associée à un travail soigné à la vigne et au chai, peut conduire à des résultats vraiment surprenants.
Mais reprenons depuis le début.
L'histoire du domaine remonte aux années 1920. Partant des 4 hectares initiaux, le domaine en compte aujourd'hui 37, dont une trentaine conduits en vignoble. Avec ce potentiel, la production s'élève à près de 200 000 bouteilles, dont un tiers de Ruchè.
Pour la création de l'Opera Prima, il a été indispensable de trouver le terroir le plus adapté. Le vignoble se situe dans la commune de Castagnole Monferrato, sur le versant méridional de la crête collinaire qui s'oriente vers Asti, et se caractérise par une morphologie particulière du terrain, un microclimat favorable et une exposition optimale.
À cet endroit, les sols sont sableux, mêlés de roches constituées de grès et de marnes, parfois avec une présence calcaire significative. Il s'agit de terres pauvres où la vigne croît avec une vigueur modeste, condition essentielle pour une viticulture de qualité. L'exposition plein sud permet ensuite une maturation optimale des baies de Ruchè.
L'excellence de la récolte est également assurée par la réduction de la production grâce à l'éclaircissage des grappes, une pratique qui garantit des rendements très faibles de seulement 35 quintaux par hectare. Les baies mûrissent en petite taille, mais avec une peau épaisse, très colorées et au jus concentré.
Le raisin, ainsi riche en sucres et en substances aromatiques, est ensuite soumis à une fermentation en cuves de chêne. Les raisins présentent des caractéristiques particulières, comme par exemple la singulière richesse en tanins des pépins. La lente macération en permettra l'extraction sélective, qui aura ensuite des répercussions positives sur la souplesse et l'équilibre du vin. À l'issue de la fermentation prolongée, l'Opera Prima est soutiré et laissé à reposer pendant 24 mois en tonneau de chêne de 500 litres de deuxième passage, pour stabiliser sa couleur et affiner ses tanins. Le fait que les tonneaux ne soient pas neufs fait en sorte que le caractère variétal du vin ne soit pas altéré par les arômes de bois.
Après la mise en bouteille, le vin attend l'achèvement de son affinage pendant encore 12 mois à l'obscurité dans la cave familiale historique creusée dans le tuf, où la température reste constante tout au long de l'année.
Passons à la dégustation du Ruchè di Castagnole Monferrato Opera Prima 2011.
Dans le verre, l'Opera Prima se présente avec une couleur rouge rubis intense d'un très bel éclat, légèrement plus clair sur l'ongle. En faisant tourner le verre, les larmes descendent lentement le long de sa paroi, signe d'une grande structure du vin.
Au nez, il frappe immédiatement par l'intensité olfactive et l'élégance des parfums. Il dégage d'abord des arômes floraux de rose et de violette, qui laissent place aux fruités de cerise, de petits fruits rouges et de marasque. Puis des notes épicées de poivre et de clou de girofle, avec une finale torréfiée de café amer et de cuir. Un nez décidément ample.
En bouche, le vin révèle toute sa classe. Chaleureux avec ses 15 degrés et souple, il se montre d'emblée particulièrement équilibré avec une acidité modérée et un tanin bien dosé. Avec le temps, frappent les nettes persistances rétro-olfactives de réglisse, qui enveloppent le palais et qui caractérisent la longue persistance gustative et olfactive.
Que dire de plus ? Peut-être que c'est un vin qui frappe par sa fidélité traditionnelle à lui-même, tout en étant étonnamment moderne. Un vin pensé aussi pour être dégusté dans quelques années. Nous l'attendons donc avec curiosité à l'épreuve du temps.





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