VINS ROUGES
  • 22 OCTOBRE 2015
  • 7 min
  • 87 lectures

Tignanello, la verticale

J'ai participé à une extraordinaire verticale de Tignanello, la marque de vin italien la plus connue dans le monde et joyau de la cantina Marchesi Antinori, dont j'ai récemment relaté le Cervaro della Sala 2005. Le Tignanello est né aux premières heures des années...

Alessandro Genova

par Alessandro Genova
Dégustateur seulement pour 24h

Tignanello, la verticale

J'ai participé à une extraordinaire verticale de Tignanello, brand du vin italien le plus connu dans le monde et joyau de la cantina Marchesi Antinori, dont j'ai récemment relaté le Cervaro della Sala 2005.

Le Tignanello est né aux premières heures des années 70 du siècle dernier comme réponse à l'immobilisme du consortium qui s'obstine – et le fera encore pendant des années – à imposer l'ajout de raisins blancs aux côtés du Sangiovese dans l'assemblage du Chianti Classico. Vin qui, précédé seulement par le Vigorello dell'Agricola San Felice, contribuera de manière décisive à la cohorte de vins à base de Sangiovese des Supertuscan. Depuis 1975, l'assemblage du vin se stabilise, avec quelques oscillations, à 80% de Sangiovese et la partie restante en Cabernet.

Le podere Tignanello se trouve à Mercatale dans la commune de San Casciano Val di Pesa. C'est un vignoble de 57 hectares, exposé au sud et sud-est, situé à une altitude de 350-400 m au-dessus du niveau de la mer. Il présente des pentes très importantes qui garantissent un excellent drainage, avec un sol composé principalement de galestro et d'alberese, accompagné d'un peu d'argile. Les amplitudes thermiques entre le jour et la nuit, ainsi qu'entre les saisons, sont également importantes, un élément qui contribue de manière déterminante aux arômes du vin. Dans l'ensemble, les vignes sont toujours légèrement sous stress, condition essentielle pour la production de raisins de qualité.

La grandeur du vin réside aussi dans la dimension du phénomène. Chaque année, un nombre de bouteilles variant entre 350 000 et 400 000 est produit. Ce n'est pas exactement un vin de garage. Atteindre une qualité très élevée avec de telles quantités n'est pas du tout simple.

Passons au vin. Nous avons dégusté six millésimes : 1998, 2001, 2005, 2007, 2010 et 2012. La verticale a été conduite par Daniele Cernilli et Renzo Cotarella.

En général, le vin conserve certaines caractéristiques communes aux différents millésimes. Commune est la matrice fruitée et florale typique du Sangiovese, avec une certaine verticalité des arômes et une bouche toujours tendue, jamais excessivement large. L'acidité est toujours marquée, à tel point que le Tignanello est un vin toujours très longiligne. Un vin qui se découvre peu à peu, au fil de la dégustation.

Le Sangiovese est le protagoniste, mais nous avons aussi évoqué le Cabernet, qui dans cette zone est très différent de celui de la côte et de Bolgheri en particulier. Ici, le Cabernet chianteggia en acquérant des caractéristiques particulières. En cave, les macérations sont longues, au point de pouvoir dépasser les 20 jours selon les millésimes. On ne fait pas de remontages mais uniquement des pigeages, car il est jugé nécessaire de limiter l'action mécanique afin de ne pas stresser les extractions phénoliques. La contribution du bois est présente, mais toujours très bien maîtrisée. Aujourd'hui, on utilise des barriques françaises, hongroises et aussi des tonneaux.

La description des vins.

1998 (Sangiovese 80%, Cabernet Sauvignon 15%, Cabernet Franc 5%) – 13,5%

Millésime assez bon, même s'il n'est pas considéré comme mémorable, contrairement à Bolgheri ou dans le Bordeaux. Dans l'ensemble, une saison longue. La lente maturation du Sangiovese se retrouve dans le fruit mûr et, ensuite, dans l'intensité du goût. La couleur est grenat clair, au nez on perçoit des notes épicées douces, vanille mais aussi cannelle, noix de muscade, clous de girofle, tabac doux. Puis des tons fumés. En bouche, on est frappé par la soyeux du tanin, jamais envahissant, presque esquissé. Vin à la structure veloutée, qui se termine long et mentholé. Excellent exemple de vin vertical, jamais confitureux.

2001 (Sangiovese 85%, Cabernet Sauvignon 10%, Cabernet Franc 5%) – 13,5%

Millésime chaud et, bien que caractérisé par une certaine pluviométrie, les vignes ont travaillé dans un régime de stress hydrique. Ce millésime est un vin stylistiquement différent des autres dégustés : les raisins légèrement surmûris, la composante végétale du Cabernet Sauvignon particulièrement en évidence le rendent plus puissant. De couleur grenat, au nez il frappe par ses fruits rouges en confiture, la réglisse, le poivron. Puis des senteurs de tabac, graphite et poivre noir. En bouche, le tanin prend le dessus sur l'acidité et les notes douces. Longue est la traîne minérale. Dans l'ensemble, c'est un vin un peu poussiéreux.

2005 (Sangiovese 85%, Cabernet Sauvignon 10%, Cabernet Franc 5%) – 13,5%

2005 a été une année fraîche, également un peu pluvieuse et marquée par un retard végétatif des vignes. C'est le premier millésime où des pierres ont été placées entre les rangs, responsables d'augmenter la luminosité dans le vignoble. Plus grande aussi l'intensité chromatique dans le verre par rapport aux échantillons précédents. Ici, la structure polyphénolique du vin change et est plus élégante que puissante, avec des notes d'épices douces, d'herbes aromatiques, de cerise mûre. Puis apparaît un balsamic d'eucalyptus. Structure gustative agile, finale avec des retours toastés.

2007 (Sangiovese 80%, Cabernet Sauvignon 15%, Cabernet Franc 5%) – 14%

Millésime chaud dès l'hiver, mais avec une évolution très régulière. En particulier, l'été s'est déroulé sans pics de chaleur particuliers, toujours autour des 30°C. Cette régularité se traduit par une agréabilité des arômes, avec de plaisantes notes fruitées charnues, avec cerise et cassis en évidence. Puis des notes balsamiques enveloppantes, suivi de poivre, cuir et tabac. En bouche, le tanin est encore très bien présent, dans un contexte d'équilibre substantiel. Finale très longue, avec des retours encore balsamiques.

2010 (Sangiovese 80%, Cabernet Sauvignon 15%, Cabernet Franc 5%) – 14%

Millésime considéré comme très bon, même si les pluies n'ont pas manqué. La sélection attentive des raisins dans le vignoble a favorisé la meilleure maturation phénolique. Et cela se manifeste clairement dans le vin, qui se distingue par des tanins merveilleux, gérés magistralement pour un échantillon aussi jeune. Nez épicé, bonne tension gustative. Vin avec une très longue vie devant lui, encore difficile à comprendre pleinement. Il incarne néanmoins parfaitement l'idée stylistique du Tignanello.

2012 (Sangiovese 80%, Cabernet Sauvignon 15%, Cabernet Franc 5%) – 13,5%

Millésime avec une évolution très étrange. Très chaud jusqu'à la mi-août, quand il a commencé à pleuvoir et les raisins n'avaient pas encore atteint la véraison. Vendange donc avec des baies de petite taille. Le vin présente des notes fruitées, épicées de noix de muscade. Puis de la poudre de riz. Bouche encore dure, avec un grand tanin et une colonne acido-sapide qui prend le dessus sur la composante alcool-glycérique. Grand vin en puissance, encore d'interprétation ardue, à redéguster dans les prochaines années.

Pour conclure, une grande verticale, une expérience difficilement reproductible. Mon millésime préféré ? Je ne vous le dirai pas. Les verticales servent à comprendre comment un vin est constitué, comment il évolue dans le temps en fonction des caractéristiques des différents millésimes de production et de la façon dont chaque année on a travaillé à la vigne et en cave. Un vin exceptionnel dont je ne me lasserais pas de continuer à déguster.

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